Le scarabée logique

Publié le 28 Juin 2020

Dés « Story Cube » tirés au sort : bulle de texte, immeuble, parachutiste, téléphone mobile, boulier, bonhomme triste, arbre, scarabée, mouton.

 

Il était une fois, une fois seulement, un bonhomme triste.  Romain n’était pas habituellement triste, mais aujourd’hui, il l’était.

 

Sa mère qui voulait faire le ménage de fond en comble de l’appartement lui avait dit d’aller faire ses devoirs de mathématiques dehors, sous l’arbre creux, au fond du jardin.

 

Non mais !  Faire ses devoirs de mathématiques dehors…Pas jouer dehors…faire des devoirs !

 

De la fenêtre de sa chambre il avait vu ses amis Benoît et Jean jouer.  Ils courraient derrière le mouton qui était apparu comme par magie, un jour, au pied de leur immeuble.  Mouton qui depuis, au grand plaisir du gardien, se chargeait de tondre la pelouse de la propriété avec beaucoup d’efficacité.

 

Visiblement aujourd’hui, Benoît et Jean étaient des Indiens cette fois avec leurs arcs et leur flèches ils chassaient le grand buffle laineux à la tête noire qui venait tout juste de franchir la frontière du jardin de tomates et de salades du Papi du troisième étage.

 

« Romain ! » 

 

« Tu es encore là ?  Prends ton boulier et ton cahier de mathématiques et descend dans le jardin » lui répéta pour la troisième fois sa mère d’un ton des plus insistants.

 

« Et laisse ton téléphone mobile ici ! »

 

« Non mais m’Man ! » chougna-t-il.

 

« Le prof a bien dit que c’est avec le boulier qu’il faut faire l’exercice, pas avec la calculatrice du téléphone.  Allez !  Poses-le là et vas vite dehors que je puisse faire mon ménage » lui ordonna-t-elle, cette fois en tenant la porte de l’appartement grande ouverte.

 

Vaincu, Romain prit son boulier en ronchonnant ainsi que sa trousse de crayons et son cahier d’exercices.

 

Ayant entendu Jean et Benoît chahuter dans la cage d’escalier, il décida de prendre l’ascenseur pour éviter leurs moqueries.

 

Au troisième étage, il vit le Papi courroucé rentrer dans l’ascenseur et le regarder en fronçant les sourcils.

 

« C’est pas moi Monsieur » se crut-il obligé de dire alors que le vieillard marmonnait « chenapans, piétiner mes salades, satané mouton ! ».

 

Au rez-de-chaussée, dès l’ouverture des portes de l’ascenseur, le vieil homme se précipita vers son jardin, tandis que Romain, soulagé, prit lentement la direction opposée vers l’arbre creux situé au fond du parc de la résidence.

 

Romain se méfiait du creux de l’arbre depuis que son copain Benoît lui avait raconté une histoire incroyable de magie où le mouton était sa mamie qui habitait dans un univers parallèle dont la porte d’entrée était le creux de l’arbre.  Bref, il était certain que Benoît avait dû boire une bouteille entière de Champomy le jour où il lui avait raconté cette histoire !

 

Par prudence tout de même, on ne sait jamais n’est-ce pas ?, Romain contourna l’arbre et s’installa par terre, entre les racines, le dos contre l’écorce de l’arbre.

 

Il avait posé son boulier à côté de lui et n’avait pas encore ouvert son cahier.

 

Les maths, ce n’étaient vraiment pas son truc.

 

Non, son truc c’était plutôt Mario kart ou Zelda sur la PS3 ou encore le tétris qu’il jouait en cachette sur le smartphone de sa mère.

 

Au bout de quelques minutes de bouderie, il se décida quand même à prendre son cahier d’exercice et à l’ouvrir à la page du devoir qu’il devrait rendre le lendemain en classe.

 

L’énoncé était dans une bulle de texte : si un avion largue trois parachutistes, puis plus loin quatre parachutistes et pour finir cinq parachutistes, combien aura-t-il largué de parachutistes en tout à la fin de son périple ?

 

« Non mais il exagère le prof c’est trop dur » pensa Romain à voix basse « et puis compter avec un boulier c’est compliqué » ajouta-t-il.

 

« Pas compliqué, logique » dit une toute petite voix…

 

Romain sursauta, regarda autour de lui, ne vit rien ni personne et répéta tentativement ; « compter avec un boulier c’est compliqué »

 

« Pas compliqué, logique » dit à nouveau la petite voix.

 

Cette fois, Romain baissa les yeux et vit un gros scarabée noir verdâtre d’environ deux centimètre, avec des pattes longues et dentées posé sur son boulier.  Curieux, il se rapprocha.  L’insecte avait une carapace noire brillante, bombée et luisante.  Trapu, de forme arrondie, il avait la tête très courte collée au corps.  De courtes pointes dépassaient du sommet de sa tête.

 

« Ben quoi !  T’as jamais vu un scarabée ? » lui lança la petite bête…

 

Romain recula vivement la tête en sursaut.

 

Le sca, le scara…le scarabée lui parlait !

 

Il secoua vivement la tête en se tapant le front pour se remettre les idées en place. 

 

Il avait dû rester trop longtemps immobile au soleil.

 

« Oui, c’est ça !  Sûrement ça !  J’ai une insolation se dit-il tout bas.

 

« Arrêtes tes bêtises et prends le boulier, je vais t’expliquer…Si mes ancêtres en Égypte antique pouvaient compter et calculer avec, tu devrais pouvoir en faire autant.  Ce n’est pas compliqué, c’est logique » répéta l’insecte pour la troisième fois.

 

Penaud, Romain ne se fit pas prier une seconde fois.  Il prit délicatement le boulier pour ne pas faire tomber le scarabée et attendit.

 

Relis ton énoncé, lui dit le minuscule prof, et dis-moi combien de fois l’avion a largué des parachutistes.

 

« Trois » répondit Romain.

 

« Bien ! » dit le scarabée, « tu vas utiliser trois cordes du boulier ».

« Combien de parachutistes largués en premier ? »

 

« Trois » répondit Romain maintenant curieux de voir la logique de l’insecte.

 

« Isole trois boules sur ta première corde ».

« Combien de parachutistes largués en second ? »

 

« Quatre » dit immédiatement Romain se prenant au jeu ; « j’isole quatre boules sur ma deuxième corde et cinq sur la troisième » ajouta-t-il aussitôt.

 

« Maintenant, compte toutes les boules que tu as isolées et tu auras la réponse à ton problème » affirma la petite bête.

 

« Trois plus quatre égal sept plus cinq égal douze » ânonna Romain fier de lui.

 

« Tiens !  Ça fait plaisir de voir un garçon compter sagement au lieu de pourchasser un mouton dans mon carré de salades » dit le Papi du troisième étage en le faisant sursauter.

 

C’était la première fois que le Papi du troisième lui adressait la parole.  Il n’était pas très bavard sauf avec Jean qui gardait Gargantua la tortue de sa fille.

 

« Tu t’en sors avec ton boulier mon garçon ?  Ce n’est pas trop compliqué  » lui demanda-t-il ?

 

Avec un clin d’œil vers le scarabée, Romain répondit :

 

« Non Monsieur, ce n’est pas compliqué…c’est logique ! ».

 

 

Rédigé par Michelle@L'Arbresle

Publié dans #Contes pour enfant, #Jeu Story Cube, #Histoires courtes

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